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Mineurs d'Orgreave : leur infatigable combat pour la vérité et la justice

Trente-ans après la grève qui a coûté la vie à 11 mineurs dans le Nord de l'Angleterre, en 1984, leurs familles réclament toujours justice. Ce conflit social emblématique de l'époque thatchérienne a été réprimé dans le sang lors de la tristement célèbre bataille d'Orgreave, sans qu’aucune responsabilité notamment policière n'ait été établie à ce jour.
L'histoire :
Le 18 juin 1984 la « bataille d'Orgreave » un face à face meurtrier entre les mineurs britanniques et la police met un terme de manière dramatique à l'année de grève suivie par la grande majorité des 180 000 mineurs contre les 100 000 suppressions d'emplois annoncées le 6 mars de la même année par le gouvernement de Margaret Thatc
her.

Orgreave était une cokerie du nord-est du pays ravitaillant l'aciérie géante de Scunthorpe. Le débrayage de ce site était l'un des enjeux clé du NUM, le syndicat des mineurs, dans le but de « paralyser tout mouvement de charbon ». Mais alors que, jusque-là, Thatcher avait évité tout affrontement avec les piquets de grève volants des mineurs, elle choisit Orgreave pour tenter de leur infliger un premier revers. Le leader du NUM, Arthur Scargill, avait pour sa part donné l'objectif de réitérer à Orgreave ce qui avait réussi lors de la grève de 1972, lorsque les mineurs avaient fait reculer la police avant de remporter la victoire.
Seulement en 1972, à Saltley, l'épreuve de force avait suscité un mouvement de grèves sauvages autour du dépôt, dans le bassin métallurgique de Birmingham. Des milliers de métallos s'étaient joints aux mineurs face à la police. À Orgreave, un site perdu dans la campagne et loin de toute concentration industrielle, rien de tel ne pouvait arriver, d'autant que rien n'avait été organisé par le NUM pour tenter de convaincre d'autres travailleurs de se joindre aux mineurs. En fait, 5 à 6 000 "piquets volants" de mineurs firent face, seuls, à une force de police au moins équivalente, équipée et préparée pour le combat. Et ce fut finalement la police qui fit reculer les mineurs après de violents affrontements qui firent plus d'une centaine de blessés parmi les gréviste
s.

Ce revers marqua la fin de la période ascendante de la grève, où la combativité des piquets volants des mineurs s'était fait sentir partout dans le pays. Mais surtout, Orgreave souligna les limites de la puissance syndicale, le discrédit du NUM ayant été par ailleurs savamment orchestré par des médias "aux ordres". La "bourgeoisie" était engagée dans une offensive générale comme le montrait un éditorial de l'hebdomadaire d'affaires The Economist affirmant que pour rétablir la « compétitivité britannique », la masse salariale devait être réduite de 20 %, à production égale !

C'est donc dans le contexte de cette offensive, aggravée par le chômage (trois millions de chômeurs au début 1984), et face à un pouvoir sorti renforcé des urnes grâce à la guerre des Malouines, que la grève éclata dans les mines, avec un dynamisme qui surprit autant le gouvernement que les dirigeants syndicaux. Pour Thatcher, c'était un bras de fer qu'elle devait gagner, un bras de fer qui, du coup, concernait l'ensemble des travailleurs. Car si Thatcher avait choisi de s'en prendre aux mineurs, son objectif allait bien au-delà. Depuis son arrivée au pouvoir, après la grande vague de grèves de "l'hiver du mécontentement" de 1978-79, elle cherchait à réduire la résistance de la classe ouvrière, avec des lois contre le droit de grève et des mesures faisant porter sur celle-ci le poids de la récession qui sévissait alors. En 1984 pourtant, la "Dame de fer" et le patronat étaient encore loin d'avoir remporté la partie. Ils n'avaient encore jamais osé utiliser sa législation antigrève et avaient dû reculer face à plusieurs mobilisations ouvrières, y compris face aux mineurs, en 1981.
Mais Scargill et les leaders du NUM étaient des hommes d'appareil, aussi soucieux de garder le contrôle de leur pré carré corporatiste que respectueux des prérogatives des autres appareils syndicaux. Après Orgreave, les mineurs furent les premiers à faire les frais de ce corporatisme étroit, avec neuf mois d'une lutte de plus en plus isolée, employée à bloquer le passage à quelques milliers de "jaunes" grâce à qui les charbonnages tentaient vainement de faire "redémarrer" les mines, ce qui suscita de profondes rancœurs parmi les mineurs. La lutte se termina en défaite en mars 1985. Mais, au-delà des mineurs, ce fut toute la classe ouvrière qui paya chèrement cette politique, par la démoralisation et la conviction enracinée pour longtemps que, "là où les mineurs avaient échoué, personne ne pouvait réussir."
Le bilan de la grève des mineurs 1984-85
165 000 grévistes, 11 313 arrestations parmi eux, 7000 blessés, 5653 sanctionnés, 960 licenciés, 200 emprisonnés, 11
morts.

Après 8 mois de grève, les mineurs ont finalement repris le travail sans avoir gagné quoi que ce soit à l'issue du conflit, dont la porté et a été minimisée et rendue inopérante par l'action du gouvernement qui avait constitué des stock (de manière illégale) pour faire face à la pénurie d'un éventuel arrêt de travail et pris des disposition en embauchant des intérimaires pour transporter le charbon via des compagnies privées.

La campagne "Vérité et justice pour Orgreave"
Barbara Jackson, ancienne employée de la National Coal Board qui a fait grève durant un an, est la porte parole de la campagne "Vérité et justice pour Orgreave". Elle était en France vendredi 26 septembre pour sensibiliser le public français à ce combat. Au delà de la justice pour les personnes directement concernées et leurs familles, il s'agit de défendre le droit de grève, partout où il est attaqué et partout où les organisations syndicales sont court-circuitées ou méprisées. Ce combat n'est pas sans résonance avec les récentes "offensives" du MEDEF et du gouvernement français contre le droit du travai
l.

Pourquoi cette campagne a-t-elle été mise en place Novembre 2012 ?
La campagne a été lancée suite à la diffusion, à l'automne 2012 par la BBC de "The Inside Out", un documentaire de 30 minutes consacré à la police d'Orgreave durant lequel certains policiers témoignaient des pressions et des menaces, parfois physiques, qu'ils avaient subi pour qu'ils signent des déclarations non conforme aux faits et aux actes commis durant la grève des mineurs en 1984.
La "bataille de Orgreave" a été une plaie ouverte pour les mineurs depuis Juin, 1984 car les mineurs qui ont été arrêtés ce jour là ont été accusés d'avoir provoqué des émeutes, et ont purgé des peines de prison pour certains. Ils ont pu être acquittés et indemnisés après que les preuves de leur innocence aient été apportées, mais aucun policier n'a été poursuivi et la police comme le gouvernement se trouve toujours exempts de toute responsabil
ité.

Quels sont les buts et les objectifs de la campagne ?
Il s'agit de découvrir la vérité sur ce qui s'est passé à Orgreave et d'obtenir une enquête publique ouverte et transparente pour savoir qui a planifié l'attaque, identifier les responsables et les inculper. Nous voulons la justice pour toutes les personnes qui se trouvaient à Orgreave, et pas seulement les 95 mineurs qui ont été inculpés. Nous voulons réécrire la version des faits qui a été mis en scène par la police et les médias. Il faut que les gens sachent la vérité et s'agit dune page de l'Histoire sociale de l'Angleterr
e.

Quel sens donnez-vous à la bataille d'Orgreave, véritable tournant de la grève des mineurs?
Cette "bataille" a montré jusqu'à quelle extrémité le gouvernement était prêt à aller, et sa volonté de déployer la police de la manière la plus violente contre les travailleurs, cela en accord avec le gouvernement de l'époque qui couvrait son action. La police était réellement le bras armé du gouvernement contre son propre peuple. A partir de ce moment les mouvements de grève de toutes les industries minières à travers la Grande-Bretagne ont été réprimés par les opérations de type militair
e.

Sur quels soutiens citoyens ou syndicaux pouvez-vous compter aujourd'hui ?
Le 17 Mars 2013, les délégués syndicaux de Yorkshire et Humber ont apporté un soutien unanime à une motion de soutien à la campagne. Des citoyens nous témoignent leur soutien, et notre page Facebook regorge de messages d'encouragement. Des journalistes professionnels nous aident à relayer la campagne. Les gens sont venus vers nous pour nous proposer des conseils juridiques gratuits ainsi que qu'un support en ce qui concerne l'informatique, la réalisation de films, la conception graphique et l'impressio
n.

Quelles avancées espérez-vous dans les prochains mois ?
Pour le 30e anniversaire d’Orgreave, le 18 Juin de cette année nous aurions souhaité des excuses officielles pour les actions du Gouvernement pendant la durée de la grève, que les collusions entre l’Etat et la police soient exposées précisément au grand jour, notamment avec la levée du secret des communications passées entre les ministères et la police à cette époque.
Aujourd’hui, nous exigeons une enquête publique indépendante sur Orgreave et que cette question soit débattue à la Chambre des communes. Pour cela nous avons commencé à envoyer des formulaires aux personnes concernées par la bataille d'Orgreave afin de recueillir des preuves écrites de ce qui s'est passé là-
bas.

Quelles leçons peut-on tirer de cette affaire pour l'avenir ?
Cette histoire tragique nous a montré jusqu’où un gouvernement conservateur peut aller pour détruire les syndicats en Grande-Bretagne. Elle nous a éclairés sur la complicité de la plupart des médias avec le gouvernement. Enfin nous avons pu constater que le gouvernement et la police étaient prêts à s’allier pour bafouer les droits de l'homme et des libertés civiles pour défendre l'ordre établi.
A voir aussi :
Le film, La Bataille bataille d'Orgreave (en anglais)
Jeremy Deller, en 2001, « rejoue » avec ses protagonistes réels une bataille de 1984 entre mineurs et policiers, sous Margaret Thatcher. Son élaboration d’une scène cathartique ne vaut au préalable que pour son travail considérable d’entretiens, de collecte de données, d’archive, etc. Pensé tant comme laboratoire d’observation anthropologique, où se réaniment les figures qui le peuplaient, que chantier de l’enquête historiographique, l’événement se dédouble pour mieux nous en reformuler l’expérience. Entre la reconstitution, le contre-documentaire et le cinéma direct, les stratégies narratives de Watkins notamment dans son film sur La Commune de Paris ont préfiguré, dans l’art contemporain, un tel travail d’histoire vivante.
Eugénie Barbezat
Vendredi, 26 Septembre, 2014
http://ww
w.humanite.fr/

Mineurs d'Orgreave : leur infatigable combat pour la vérité et la justice
Tag(s) : #Histoire