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L'Inspection du travail a rejeté début septembre la demande de licenciement de la déléguée CGT, déposée par la direction. Une nouvelle victoire pour Akila Diagne.

MAJ du 16/09/2014 : "Les liens entre la demande de licenciement et le mandat syndical de Mme Diagne ne peuvent être écartés", conclue l'Inspectrice du travail dans son rapport d'enquête rendu le 5 septembre.

Vendredi 19 septembre à partir de 12h, un rassemblement est prévu devant le magasin pour fêter la victoire d'Akila. Mais l'heure n'est pas seulement à la célébration.

La semaine dernière, une employée de longue date a tenté de mettre fin à ses jours sur son lieu de travail après une altercation avec la directrice. "Un incident grave", selon Marie-Thérèse Podevin, qui s'est terminé par le matraquage de ladite employée par les policiers appelés par la directrice... Affaire à suivre.

La déléguée CGT en est à sa sixième ou septième mise à pied. Déjà, en mars 2008, elle avait été accusée de vols, arrêtée et menacée de licenciement avant d'être complètement blanchie par l'Inspection du travail. Akila Diagne, 55 ans, dérange la direction du Monoprix Roquette, où elle travaille depuis 1987 comme chargée du rayon lingerie.

Représentante syndicale, elle est aussi secrétaire du CHSCT (Comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail), élue et trésorière du CE (Comité d'entreprise). En récompense de ses loyaux services, la direction a engagé contre elle, le 25 juin dernier, une procédure de licenciement "pour faute grave" avec mise à pied immédiate.

Depuis mai 2011 et l'arrivée de Jocelyne Flips à la tête du magasin, les attaques contre les salariés sont légion et les conditions de travail de plus en plus difficiles, malgré plusieurs mouvements de grève victorieux. Fin 2013, la nouvelle directrice avait déjà supprimé douze postes d'employés, mais presque doublé le personnel encadrant(*).

Les élus CGT (syndicat majoritaire), considérés comme les "meneurs", sont les premiers visés. Pressions permanentes, insultes, provocations, menaces, la discrimination syndicale est d'autant plus violente que tout est fait pour diviser les salariés. "Pour la directrice, c'est donnant donnant, tu fais quelque chose contre Akila, je t'aide", raconte la déléguée, qui ajoute que Mme Flips a juré qu'elle ne quitterait pas le magasin avant d'avoir eu sa "tête".

Insinuations, insultes... agressions physiques

Le licenciement d'un salarié "protégé" doit faire l'objet d'une demande d'autorisation auprès de l'Inspection du travail, qui doit déterminer si ce licenciement a - ou non - un lien avec le mandat syndical du salarié. Désormais mise à pied, Akila Diagne prépare sa défense. Le soutien et les témoignages collectés auprès de ses collègues et de nombreux clients semblent lui donner raison.

Alors que nous parlons, elle reçoit un coup de fil. L'un de ses collègues s'est fait "remonter les bretelles" par la directrice parce qu'il a témoigné en sa faveur. "Pour attester en faveur d'Akila, il faut être très courageux", ajoute Marie-Thérèse Podevin, de l'Union syndicale CGT Commerce de Paris.

"Elle me salit devant les salariés en insinuant que le CE détourne de l'argent", s'indigne Akila Diagne. "Elle m'insulte devant tout le monde, devant les clients, en disant que je suis la honte du magasin, que je ne fous rien, que je suis une menteuse, que je me cache derrière la loi, que je suis une moins-que-rien..." La déléguée CGT parle aussi d'agressions physiques "régulières" de la part de Mme Flips ou par l'intermédiaire des vigiles.

"Un jour, elle me demande de signer un ordre du jour du CE avant de le lire. Je lui ai répondu que j'allais le photocopier puis prendre le temps de le lire avant de le signer. Mme Flips est venue dans le local syndical. Elle criait. Elle a essayé de m'arracher la photocopie des mains et, en faisant cela, elle m'a griffé le bras avec ses bijoux. Quand je suis allé la voir pour lui dire que j'allais porter plainte, je l'ai vue se griffer l'épaule elle-même. Elle se faisait mal pour faire croire à tout le monde que je l'avais agressée. Puis elle a convoqué un salarié pour qu'il témoigne contre moi au commissariat. Elle voulait lui dicter ce qu'il devait dire !"

Akila Diagne est mise à pied depuis le 25 juin. Un timing "parfaitement choisi" selon Marie-Thérèse Podevin. "Akila n'a pas eu de paie pour le mois de juillet et elle avait posé ses congés en août. Elle part donc en vacances avec un mois de salaire en moins." Mariée et mère de quatre enfants, l'intéressée ajoute : "Dernièrement, elle m'attaque au porte-monnaie".

"Projet de licenciement pour faute grave"

Dans l'épais dossier déposé à son encontre à l'Inspection du travail, Mme Diagne est accusée de tous les maux. "L'insubordination disciplinaire, ainsi que les dénigrements, violences et actes de harcèlement qui portent atteinte à la santé physique et mentale des autres salariés et au fonctionnement du Magasin Monoprix Roquette", permetteraient, selon la direction, de justifier le "projet de licenciement pour faute grave" de la déléguée syndicale.

Des dizaines d'attestations et de déclarations signées par la responsable et ses soutiens dans l'entreprise font état du "comportement agressif et insultant récurrent" d'Akila Diagne "à l'encontre tant des membres de l'encadrement et de la Direction de l'établissement que de nombreux autres salariés voire de clients du magasin".

A l'opposé de ce portrait monstrueux, Marie-Thérèse Podevin reconnait "une très bonne déléguée", qui "continue à bosser et à assumer ses fonctions de déléguée malgré les coups, les insultes." "La directrice a fabriqué un dossier d'une façon spectaculaire avec des témoignages de salariés et des attestations mensongères", explique la syndicaliste.
Un audit pour justifier la discrimination syndicale

A charge également, l'audit social de la société Monoprix Roquette mené du 22 mai au 4 juin. L'Humanité a pu consulter ce maigre rapport, dont les six pages barrées de la mention "Hautement confidentiel" insistent sur "le comportement de certains élus" syndicaux. Après s'être entretenu avec un échantillon "représentatif" de 27 salariés (*), l'auteur constate "des conditions sociales et humaines de travail très dégradées", "pouvant porter atteinte à [l']intégrité morale" des salariés. Et de souligner, en caractères gras :

"Je considère qu'il y a 10 salariés, en souffrance morale. Les personnels concernés sont majoritairement des responsables. Je m'autorise à y inclure la directrice du magasin qui ne se manifeste pas à ce sujet, mais qui supporte les assauts répétés de certains élus et doit de plus rassurer, accompagner et épauler les équipes."

Dans son "plan d'action", l'expert suggère de procéder à des mutations dans d'autres magasins de "certains managers ou salariés très éprouvés", mais aussi de salariés "ayant perdu la confiance et l'estime de leurs collègues". Il insiste : "Les salariés espèrent que les auteurs de troubles seront rapidement rappelés à l'ordre, sanctionnés ou mutés."

L'auteur de cette étude, Pascal Depoortere est expert conseil en ressources humaines agréé IPRP (Intervenant en prévention des risques professionnels) et consultant pour la société Essentiel formation et coaching, filiale du groupe Avera, à laquelle Monoprix a commandé l'audit. Jusqu'en 2010, Pascal Depoortere était directeur de la sécurité des Galeries Lafayette. Or, entre 2004 et 2007, Mme Flips a exercé les fonctions de directrice des Galeries Lafayette de Rouen et de Montauban. "Ils sont amis", assure Akila Diagne. Sur son site internet, la société Essentiel vante la neutralité de ses consultants, "un regard extérieur, bienveillant, respectueux et discret, à la bonne distance". A l'opposé du contenu de l'étude et du témoignage de la déléguée CGT : "Pendant l'audit, il mangeait avec la directrice tous les midis".

Ni la directrice du magasin, ni la direction du groupe Monoprix n'ont souhaité répondre à nos questions, cette dernière se contentant de rappeler que "la procédure est en cours".
Henri Le Roux
Mardi, 16 Septembre, 2014
http://www.humanite.fr/

Victoire pour Akila Diagne déléguée CGT face aux patrons
Tag(s) : #Société