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Dans son dernier ouvrage, "La Finance au pas", Pierre Ivorra, économiste et chroniqueur à "l’Humanité", passe la crise au scanner.

Voilà un ouvrage qui tombe à pic. D’abord parce qu’il décrypte les causes profondes de la «crise», ses mécanismes les plus pernicieux de façon très affûtée et vous fournit donc les moyens de les percer à jour. Cela, à un moment où le besoin d’y voir clair est plus impérieux que jamais. Quand par exemple le risque de déflation – cette spirale de baisse des prix puis des salaires – trône dans l’actualité la plus brûlante. Au point de susciter comme un vent de panique au sein de la Banque centrale européenne (BCE) qui a ramené précipitamment jeudi 4septembre son principal taux directeur à 0,05%. Il est minuit moins cinq à l’horloge économique comme à l’horloge politique, toutes deux très interdépendantes, démontre Pierre Ivorra qui dénonce «la fuite en avant des adeptes du libéralisme et de sa variante sociale-libérale». La tumeur spéculative a essaimé au sein des marchés financiers jusqu’à les conduire aux urgences, sous tente à oxygène publique en 2007-2008, après leur contamination générale par des titres de crédits hypothécaires «subprimes» aux États-Unis. Et pourtant ces mêmes marchés financiers ont, en vertu des choix politiques rencontrés depuis lors, non seulement retrouvé des couleurs mais étendu leur emprise dictatoriale. Si ces fuites en avant nous conduisent au bord du gouffre économique et de régressions politiques nationalistes ou populistes, le pire n’est pas sûr. Le grand mérite du livre de l’économiste et chroniqueur de l’Humanité est d’en faire la démonstration, ouvrant des perspectives, prenant le contre-pied du fatalisme ambiant. Car la maturité de la crise systémique fait émerger comme jamais un besoin de dépassement des contradictions dans lesquelles la société française, l’Europe, la planète sont enfermées. Tous ceux qui ont à cœur, non seulement de résister mais de dépasser le capitalisme et de commencer à mettre en œuvre ces transformations radicales dont la nécessité fait irruption, y trouveront une somme de réflexions très stimulantes. On peut «faire reculer la finance», souligne Pierre Ivorra en partant de l’entreprise où une bataille démocratique élémentaire s’impose pour permettre aux salariés d’accéder enfin aux leviers de commandes. On peut y rendre dominants peu à peu des critères de gestion en faveur de l’emploi et du développement. Dans la même cohérence radicale, des réponses affleurent pour libérer tous les potentiels de la révolution informationnelle ou pour permettre à l’humanité de surmonter les immenses défis environnementaux qu’elle affronte, ou encore pour «monétiser» la dette des pays de la zone euro, en les autorisant à emprunter directement de l’argent auprès de la BCE à taux donc nul, afin de financer un développement inédit des citoyens et de leurs services publics. Un «saut de civilisation» est à l’ordre du jour si, comme nous y invite Pierre Ivorra, on réussit à mettre «la finance au pas».
Bruno Odent
Jeudi, 11 Septembre, 2014
http://www.humanite.fr/

Tag(s) : #Economie