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Hollande confirme l’alignement sur Schröder alors même que le "modèle"bat de l’aile

On savait le Président de la république française prêt à copier les réformes de l’ex chancelier au point d’avoir envisagé embaucher un certain Peter Hartz à l’Elysée, il persiste et signe dans sa conférence de presse du 18 septembre. Au moment précis où apparaissent toujours plus nettement les symptômes d’une intoxication de l’Allemagne aux recettes de son propre modèle .

Dans sa conférence de presse du 18 septembre François Hollande a souligné une nouvelle fois que l’objectif, pour « rattraper notre retard de compétitivité » était de s’aligner sur les réformes promues par Gerhard Schröder en Allemagne au début de la dernière décennie. Il a invoqué leur bienfondé et relevé fortement qu’elles avaient été engagées par «un chancelier social-démocrate». « Nos amis allemands ont raison de nous dire qu’il faut réformer », a-t-il ponctué. Simple bémol: si cette politique est tout à fait indispensable « que l’on ne nous demande pas de faire en cinq ans (la durée du quinquennat) ce que Berlin a réalisé en plus de dix ans dans un environnement économique plus favorable.»

Le danger de déflation ne plaiderait nullement selon le Président de la République pour une remise en cause des normes restrictives du pacte de stabilité. Ni même des 50 milliards de coupes annoncées dans les dépenses publiques. Il faudrait simplement, compte tenu de la stagnation qui frappe notre pays, savoir user de toute la flexibilité permise par les normes budgétaires européennes afin de reporter au-delà de 2015 ou même 2016 le retour dans les clous du déficit public à moins de 3% de la richesse nationale. François Hollande entend bien en obtenir l’autorisation d’Angela Merkel, lors du prochain sommet européen. A peu de frais pour Berlin puisque Paris échangerait une certaine souplesse dans l’interprétation des dogmes budgétaires européens contre la garantie qu’il maintiendra le cap du train de réformes de structure à la Schröder déjà engagées avec notamment le pacte de responsabilité.

Hors le «modèle allemand» il n’y aurait donc point de salut. Seule la voie qui conduit vers ses promesses et ses délices serait négociable. Etrange profession de foi quand, au même moment, l’économie allemande donne des signes de fatigue de plus en plus sérieux. Et cela, si l’on veut bien y regarder de plus près, non pas en dépit mais à cause du schröderisme, si cher au Président français. Tel un boomerang le "modèle" a commencé depuis plusieurs mois déjà de se retourner contre l’activité économique. Et les choses s’accélèrent.

Au second trimestre l’Allemagne a fait moins bien que la France (- 0,2%) en terme de croissance et les signes de ralentissement de l’activité perdurent. Au point que, le président de l’un des instituts de conjoncture les plus importants du pays, le DIW (Deutsche Institut für Wirtschaftsforschung), considère que « l’économie allemande n’est pas à l’abri d’une nouvelle contraction au troisième trimestre.» (1) Rien n’est encore confirmé. Mais on peut penser que Marcel Fratzscher dispose d’informations de premier plan puisqu’il est aussi conseiller pour les questions d’investissements au ministère de l’économie.

Les raisons de la panne: Les contradictions du modèle ordo-libéral, compas aussi de l’Union Européenne, s’aiguisent. Le "tout à l’exportation" montre ses limites. Quand la croissance ralentit chez les principaux clients des Konzerne, les grands groupes exportateurs germaniques, ils achètent moins et les débouchés se réduisent. C’est tout particulièrement vrai dans la zone euro (encore aujourd’hui 40% du total des exportations allemandes). Les plans d’austérité imposés si fortement recommandés aux partenaires européens par Berlin étouffent l’activité.

Les firmes germaniques ont certes cherché à compenser ce manque à gagner en vendant toujours davantage de voitures haut de gamme, de machines outil ou de biens d’équipements sur les marchés des pays émergents. Mais là aussi un ralentissement se fait sentir et de plus les pays en question réussissent à fabriquer eux mêmes beaucoup des produits sophistiqués mis au point jadis uniquement par les groupes allemands.

Deuxième raison à cette accès de croissance pour le moins molle: la chute des exportations vers la zone euro n’est pas compensée par une augmentation suffisante des débouchés sur le marché intérieur (+ 0,1% pour la consommation au second trimestre). Là encore l’effet boomerang du "schröderisme" sur l’économie se fait sentir à plein. La demande intérieure reste léthargique. Car les réformes Hartz et les coups portés au code du travail local plombent durablement le pouvoir d’achat d’une grande partie des citoyens. Même si ceux qui n’ont pas été totalement précarisés et bénéficient encore de véritables accords tarifaires (conventions collectives), exempts de clauses d’exemption diverses (moins de 50% des salariés aujourd’hui) ont vu leurs salaires augmenter ces derniers mois.

Troisième raison, et sans doute la plus grave, de la panne allemande d’aujourd’hui: les investissements sont touchés, eux aussi, par un redoutable effet en retour des réformes lancées durant la dernière décennie. C’est là que se situe d’ailleurs la principale préoccupation du président du DIW, déjà évoqué. Marcel Fratzscher, tire le signal d’alarme. Auteur d’un livre intitulé "l’illusion de l’Allemagne" (2) qui fait sensation aujourd’hui outre Rhin, il montre combien les soubassements même de l’économie allemande sont ébranlés alors que le manque d’investissements publics et privés a pris des dimensions de plus en plus considérables.

Parallèlement aux réformes antisociales, les plus connues, des mesures adoptées au tout début des années 2000 ont fait voler en éclat le cœur de l’ex système rhénan de l’ex Allemagne fédérale. Celui ci se caractérisait par un lien très fort entre la banque et l’industrie, secret des performances des groupes industriels ouest-allemands, peu dépendant des aléas boursiers et bénéficiant d’un accès au crédit bon marché. Une réforme fiscale d’ampleur (avec notamment la suppression de la taxation des plus values sur les cessions) a permis aux banques et aux sociétés d’assurance de se désengager de l’industrie. Schröder est allé ainsi au devant d’une revendication d’un monde patronale désireux de faire prendre au capitalisme rhénan le vent du large anglo-saxon.

D’où une financiarisation accélérée – raison pour laquelle le secteur bancaire allemand a été si fortement et si durablement touché par le krach boursier de 2007/2008. C’est cette financiarisation qui est au centre du manque d’investissements privés déploré aujourd’hui. Un groupe comme Thyssen Krupp a préféré investir massivement au Brésil et aux Etats-Unis. Avec des résultats calamiteux qui le conduise aujourd’hui à se recentrer sur les services et à abandonner ce qui lui restait d’activité sidérurgique en Allemagne. Siemens envisage ouvertement, en ce moment même, de transférer toute sa branche énergie de l’autre côté de l’atlantique. Selon l’office fédéral des statistiques l’investissement a reculé de 5,4% dans la chimie depuis l’an 2000, et de près de 2% dans l’industrie électrotechnique.

Et les reculs ne sont pas moins spectaculaires dans le domaine de l’investissement public. Selon le DIW il manquerait quelques 3,79 milliards d’euros d’investissements dans la seule maintenance infrastructures de transports. La course à la baisse des dépenses publiques et à l’application d’une règle d’or (interdiction de tout déficit public structurel) inscrite dans la constitution allemande depuis 2009 (et dans les textes de référence des partenaires européens sous l’injonction de Berlin) conduit les autorités germaniques à s’arcbouter sur l’objectif d’équilibre budgétaire. D’où cette propension à rechigner à investir dans les infrastructures (écoles, routes, hôpitaux, équipements numériques) malgré la multiplication de rapports alarmants sur le sujet. Et encore aujourd’hui bien que l’Allemagne semble pouvoir afficher un excédent budgétaire dès cette année 2014 et gagner donc de confortables marges de manœuvre.

Les effets empoisonnés du "modèle" ont ainsi commencé de rattraper l’économie allemande, après les économies de la zone euro. Continuer à s’y soumettre emmène la France et l’Europe dans le mur. C’est pourtant la voie sur laquelle s’entête par François Hollande. Seul le refus d’obéissance est salutaire. Il peut se fonder sur des luttes et des convergences avec ces salariés européens et…allemands qui honnissent les «lois Hartz». A l’heure où le besoin d’alternatives radicales frappe à la porte. Comme par exemple, cette mise en place partout, solidaire et financé à taux nul par la Banque Centrale européenne, de nouveaux services publics afin de relever enfin les défis de la révolution informationnelle et du réchauffement climatique.

(1) Dans un entretien accordé au magazine Der Spiegel du 8 septembre dernier
(2) Marcel Fratzscher, Die Deutschland Illusion (L’illusion de l’Allemagne), Hanser Verlag, Munich

Hollande confirme l’alignement sur Schröder alors même que le "modèle"bat de l’aile
Tag(s) : #Politique