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"C’est un carnage, une machine à viande hachée"


Après une nuit et une matinée de bombardements intenses, l’armée israélienne a annoncé une trêve qu’elle n’a pas respectée. Le but: amener les Palestiniens à ne plus soutenir la résistance. Là encore, c’est un échec. Reportage dans le nord de Gaza.

Gaza (Palestine), envoyé spécial.

Des hauteurs de Beit Hanoun, au nord de la bande de Gaza, on aperçoit Israël. Des nuages de poussière indiquent les déplacements de chars qui font des incursions meurtrières. Il est d’ailleurs impossible de s’approcher vraiment. Nous avons dû faire demi-tour comme d’autres véhicules –des Palestiniens qui tentaient de regagner leur maison ou ce qu’il en reste– alertés par des rafales de gros calibres. Le son sourd des canons des chars résonne dans les rues détruites. Des tirs d’armes automatiques semblent leur répondre. Un instant, tout le monde se fige. Faut-il avancer, reculer? En ce début d’après-midi, Israël observerait une trêve. Drôle de trêve en vérité. «Cette fenêtre humanitaire ne s’appliquera pas aux secteurs où des soldats de l’armée sont actuellement engagés dans des opérations», a précisé l’état-major israélien. Pour Sami Abou Zouhri, porte-parole du Hamas, «cette pause n’a aucune valeur parce qu’elle exclut les secteurs chauds le long des frontières de Gaza et que nous ne pourrons l’exploiter pour en évacuer les blessés». Oui, drôle de trêve, qui voudrait que les résistants palestiniens s’abstiennent de toute attaque pendant que l’ennemi poursuit ses destructions dans les zones frontalières. Drôle de trêve, qui a été précédée de terribles bombardements durant la nuit et la matinée. Direction Beit Lahiya, un gros bourg qui porte encore les stigmates de l’offensive israélienne. En face du cimetière qui ne désemplit pas tant les enterrements sont nombreux, nous retrouvons Hani Abed Addayam, un sexagénaire à la peau burinée, parti de Beit Hanoun avec sa famille et qui a trouvé là un abri. Ils sont trente-cinq dans la maison. «Dès qu’on peut, on descend à Jabaliya pour acheter à manger, mais ce n’est pas toujours facile, dit-il. Nous sommes restés plusieurs jours sans eau.» Il n’y a pas non plus d’électricité. Ils utilisent des bougies et économisent les piles des lampes d’appoint. Hani, habile de ses mains, a fabriqué un petit four à pain dont la combustion dépend des morceaux de carton. Un avantage certain quand on voit les queues qui se forment devant les boulangeries, à Gaza Ville comme dans toutes les autres agglomérations de l’enclave.
Gaza transformée en champ de ruin
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Tout se passe comme si, en échec sur le plan militaire, Israël cherchait à vaincre en s’en prenant à la population civile. Plus de 1330Palestiniens ont trouvé la mort et des centaines de milliers sont déplacés. Hier, dans le quartier martyr de Chudjaiya, 15personnes ont encore été tuées alors qu’elles se trouvaient sur un marché. Pas question, pourtant, de courber l’échine. À l’instar de Hani Abed Addayam. «Au début de la deuxième Intifada, j’ai perdu mon père, et lors de l’offensive de 2008-2009, j’ai vu mourir mon fils, révèle-t-il. Si on arrête cette guerre maintenant, sans rien obtenir, il y en aura d’autres après. Il faut la levée du blocus et une solution définitive.» Ses paroles prennent d’autant plus de force que, le matin même, il a mis en terre son propre frère et son neveu. Après les dures épreuves subies à Beit Hanoun, ils avaient cru trouver la sécurité dans l’école Abou Hussein de l’Agence des Nations unies pour les réfugiés palestiniens (l’UNRWA), au sein du camp de déplacés de Jabaliya. Hier matin, vers 5heures, deux obus israéliens se sont écrasés sur le bâtiment de l’ONU où s’entassaient 3200personnes, forcées de fuir le nord de la bande de Gaza transformée en champ de ruines. Au moins quinze Palestiniens ont été tués. Parmi eux, des enfants et les deux membres de la famille de Hani. Toute la nuit, ce camp de réfugiés a été la cible de l’aviation et de l’artillerie israéliennes. «Les Israéliens nous ont dit de partir, on est venu ici. On se croyait en sécurité, en fait, on a trouvé le feu. C’est un carnage. Il n’y avait aucun corps entier, des pieds, des mains, des têtes. C’était comme une machine à viande hachée, se rappelle avec horreur Rami Abou Darabi, qui tient contre lui l’un de ses fils en bas âge. Quel que soit l’endroit où on va, on est la cible des Israéliens.» C’est ce que disent tous les Palestiniens dans les différentes écoles de l’ONU. «On a toujours peur», avoue Oum Nidal, venue récupérer des affaires dans sa maison de Jabaliya et qui ne sait pas si elle doit rester chez elle ou retourner dans l’école. «On a peur partout», répète-t-elle. «Avec la résistance, on va mourir. Sans la résistance, on va mourir. Autant mourir en martyr avec la résistance», philosophe Rami Abou Darabi. À la sortie de l’hôpital de Jabaliya, Hassad Abou Hosna tient sa petite fille dans ses bras, blessée au visage. «Nous, on attaque des soldats, les Israéliens attaquent des civils, dénonce-t-il avec véhémence. Netanyahou dit ne cibler que des leaders de la résistance mais en réalité il nous tue, nous.» Ses paroles à peine prononcée, on entend des explosions. Une maison près du marché du centre-ville a été touchée. Deux enfants seraient morts. Le vieil homme qui travaille à la morgue peine à trouver un tiroir vide. Un brancard arrive. Un visage d’homme émerge d’une housse en plastique. La guerre d’Israël contre Gaza n’en finit plus.

Avec 56morts, l’armée israélienne, qui connaît son bilan le plus lourd depuis sa guerre contre le Hezbollah libanais en 2006, est confrontée à un adversaire, le dos au mur, de plus en plus aguerri. Malgré sa puissance de feu, l’armée israélienne ne peut empêcher les tirs de roquettes. Pour preuve, les Brigades Ezzedine al-Qassam, branche armée du Hamas, ont diffusé une vidéo, déjà visionnée près de 800000fois sur Youtube, montrant de bout en bout l’opération dans laquelle un de leurs commandos, sorti d’un tunnel, a tué lundi cinq soldats dans une tour de guet près du kibboutz de Nahal Oz. Avant de repartir via le tunnel vers leur base à Gaza, avec au moins un fusil d’assaut israélien comme trophée.
Pierre Barbancey
Jeudi, 31 Juillet,
2014

http://www.humanite.fr/

« C’est un carnage, une machine à viande hachée »

humanite.fr

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