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Témoignages : les syndicalistes face au défi de l’extrême droite

Humanité Quotidien
30 Janvier, 2014
Front national
Mercredi, plusieurs centaines de militants de la CGT, de la FSU, de Solidaires, de l’Unef, de l’UNL et de la FIDL se sont donné rendez-vous à la bourse du travail de Paris. Une journée pour construire une réponse syndicale unitaire face à la percée des idées d’extrême droite dans le monde du travail.
Noire de monde. Ce mercredi, la bourse du travail de Paris a été investie par un demi-millier de militants syndicaux à l’appel de six organisations de salariés et de jeunesse (CGT, FSU, Solidaires, Unef, UNL et FIDL). Une journée de travail pour déconstruire et combattre les idées d’extrême droite et ceux qui les portent. Parce que « la classe ouvrière et les travailleurs de façon plus générale sont le cœur de cible de la stratégie politique de l’extrême droite », parce que « l’entreprise, les bureaux, l’administration, les services publics... sont confrontés au racisme dont nous percevons la montée dans l’ensemble de la société », les syndicats ont mis leurs forces en commun et initié une démarche inédite contre l’obscurantisme.
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Réunis en ateliers, les militants ont mis sur la table leurs expériences et tenté de répondre à une question fondamentale, longtemps restée taboue: comment le syndicalisme peut-il répondre aux attaques racistes, sexistes et xénophobes de l’extrême droite, dans le secteur privé, le public, les universités, les lycées, en France et en Europe? Pour Raymond Chauveau (CGT), l’objectif est bien «d’évaluer l’importance et l’impact» de l’intrusion des idées frontistes dans le monde du travail, de mettre au jour «le rôle des organisations syndicales dans cette entreprise de démystification du courant politique ultraréactionnaire et l’importance des luttes et des combats que mènent les travailleurs afin d’assécher le terreau sur lequel prolifère cette gangrène».
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Couper l’herbe sous le pied de l’extrême droite
Gabriel est cheminot. Syndiqué SUD rail, il alerte sur ce qui se passe actuellement à la SNCF. «À Montpellier, une équipe cheminote a été infiltrée par des militants d’extrême droite. Chants nazis dans les locaux, discrimination ouverte, chasse aux Roms », si le constat est accablant, le laisser-faire de la direction l’est encore plus et seules les luttes, lorsqu’elles sont unitaires et de grande ampleur, peuvent être victorieuses. Comme il y a quelques années où, de sous-traitance en sous-traitance, les cheminots maîtres chiens de la gare Saint-Lazare étaient, pour la plupart, travailleurs sans papiers. « La bataille a payé et nous avons réussi à faire régulariser ces salariés », raconte Gabriel. « Le but n’est pas seulement qu’ils obtiennent des papiers, mais qu’ils comprennent qu’ils sont des travailleurs comme les autres », renchérit un militant CGT qui voit, par ce travail de pédagogie, un moyen de couper l’herbe sous le pied de l’extrême droite. « Le FN les considère comme des boucs émissaires et fait son lit sur la précarité, la pauvreté et la crise », explique Brigitte, membre du collectif droits et liberté à la FSU.
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Travailler à une réponse syndicale argumentée
Si les exemples se multiplient, de tracts haineux distribués sous le manteau, de photos de quenelles diffusées dans les entreprises, ou de propos ultradroitiers distillés en salle de pause ou en salle des profs, les débats d’hier ont permis de travailler à une réponse syndicale argumentée. Manière de ne pas laisser sans réponse les militants comme Éric (SUD télécoms), qui se sent « démuni et en manque d’arguments face au discours de certains collègues qui se durcit ».
Si elles tentent un passage en force aux portes des usines et se déploient dans le secteur privé, les idées frontistes n’épargnent pas la fonction publique. Pour Bruno, fonctionnaire territorial dans les Bouches-du-Rhône, syndicaliste FSU, « il faut reprendre pied à pied le discours du FN ». Agent à Vitrolles à l’époque où la ville était aux mains des frontistes, il a encore en mémoire la gestion calamiteuse du FN qui, en plus de placer ses adhérents dans l’administration, a licencié tous les non-titulaires en multipliant par trois les effectifs de police. « Il faut provoquer la discussion sans braquer, convaincre les agents que le vote FN ne leur apportera rien », explique Bruno qui alerte au passage sur « la précarisation des contractuels », terreau électoral possible pour le FN.
Éric invite, lui, à adapter le discours syndical à la géographie sociale du territoire : « Il n’y a pas un discours du FN. Dans le Sud, l’électorat frontiste est très conservateur, nationaliste et anti-fiscaliste. Dans le Nord, le discours d’extrême droite s’attaque plus aux inégalités et à l’ultralibéralisme. Il faut que notre réponse s’adapte à ces situations », relève-t-il. « Il faut agir dès les premiers signaux, dès les premiers tractages du FN devant les entreprises », plaide de son côté un militant SUD Solidaires. « Un des marqueurs les plus importants c’est la notion de classe, dont il faut se saisir pour lutter contre la mise en concurrence des salariés entre eux », insiste-t-il.
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« La politique de l’autruche ne sert à rien »
Si, au fil des ateliers, la nécessité de former les syndiqués pour construire la riposte était sur toutes les lèvres, pour Luz Mora, de l’association Visa, qui regroupe plusieurs organisations syndicales et de jeunesse, il existe d’autres leviers pour combattre « l’audience de l’extrême droite dans le monde du travail ». « La première chose est de parler des idées du FN. De discuter avec nos collègues, de lancer le débat, de mettre le sujet sur la table. La politique de l’autruche ne sert à rien. » Parler et agir. « Nous devons veiller à l’exclusion systématique de nos organisations des militants d’extrême droite, le faire et dire que nous l’avons fait », poursuit Luz Mora. « Leurs avancées sont faites de nos reculs, notre riposte syndicale les fera reculer », conclut la militante.
Prolongement de l’appel La Préférence nationale n’est pas compatible avec le syndicalisme, de mars 2011, la journée d’hier est le point de départ d’une campagne au long cours qui appelle, pour beaucoup de participants, « l’élargissement de l’arc syndical ». Une initiative qu’il convient de décliner par des actions locales. « Il faut concevoir des alternatives tout en menant le combat contre l’extrême droite, explique Pascal Joly (CGT). Des alternatives à porter médiatiquement en occupant l’espace public. Car en occupant la rue, on occupe les esprits. »
Le FN encaisse le coup. «La seule et unique préoccupation des organisations syndicales doit être de lutter contre le chômage et les licenciements, la concurrence déloyale, les patrons voyous du CAC 40 et la mondialisation, et non d’agiter le chiffon rouge contre le seul parti qui propose honnêtement et sincèrement des solutions aux préoccupations des travailleurs français », réagit, dans un communiqué, Fabien Engelmann, ancien militant CGT exclu pour appartenance au FN. Avant de tomber le masque: «Il faudra l’émergence de nouveaux syndicats libres, autonomes et non politisés.»
  • A lire aussi:
La résistible progression du lepéno-syndicalisme [6]
L'Europe, chantier d'urgence des syndicats [7]
Les leaders syndicaux s’engagent dans la contre-offensive... [8]
  • A voir aussi:
>>Renée Laminot, coprésidente du MRAP [9]
>>Pierre Tartakowsky, président de la Ligue des droits de l'homme [10]
Marion d’Allard, Nicolas Dutent
URL source: http://www.humanite.fr/social-eco/syndicalistes-face-au-defi-de-l-extreme-droite-558082
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