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IVG : "Il faut bâtir une grande campagne de mobilisation soutenue par toutes et tous"

Humanité Quotidien
31 Janvier, 2014
Le droit à l'IVG, un combat pour l'Europe ?
L'Humanité des débats.

Par Toni Barbara, porte-parole de la plate-forme citoyenne espagnole Debout pour la santé publique. Depuis sa présentation, le 20 décembre 2013, l’avant-projet de réforme de la loi sur l’avortement avancé par le gouvernement du Parti populaire (PP) a vu s’élever contre lui beaucoup de voix. Rédigé sous la dictée de la curie et de la hiérarchie catholique ultraréactionnaire, c’est un texte brutalement restrictif et réactionnaire.

Il viole les droits et les libertés des femmes par rapport à leur capacité de décider de leur maternité. Il s’agit objectivement d’un des projets de loi les plus régressifs d’Europe. D’après ce projet, l’IVG n’est considérée comme légale qu’en deux circonstances : celle d’un viol ou celle d’un grave danger pour la vie ou la santé physique et psychologique de la mère.

En déclarant la guerre aux droits des femmes, le gouvernement espagnol ne soupçonnait pas qu’il soulèverait une telle fronde jusque dans les rangs conservateurs. Sa croisade anti-IVG est en train de fragiliser les votants conservateurs puisque, selon les derniers sondages, pour la deuxième fois depuis les élections générales de 2011, le PP passerait derrière le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) en intentions de vote. Une moyenne de 80 % des sondés rejettent ce projet de loi régressif et 75 % estiment qu’il ne correspond à aucune demande sociale. Même parmi les électeurs du PP, pourtant considérés comme conservateurs et traditionalistes, 57 % pensent que ce projet de loi n’aurait pas dû voir le jour.

Le président Rajoy a d’ores et déjà annoncé qu’il reconnaissait que le texte était très controversé. Il est déjà de notoriété publique que le PP va le « laisser dormir » pendant quelques mois, en attendant 29 évaluations d’experts, s’assurant ainsi un espace de trêve et de négociation pour chercher un plus grand consensus. Voilà le résultat des manifestations qu’il faut continuer et élargir.

Cette agression n’est pas un effet secondaire ni un fait imprévu. Elle a pour but final de « punir » les femmes « révoltées, autonomes et insolentes » et de les réinstaller dans un rôle traditionnel de soumission et d’obéissance patriarcale. Le plus important, en parallèle, pour le gouvernement, c’est de cacher la misère et la cruauté de la crise, le chômage insupportable.

Au point de vue d’une lecture strictement scientifique et biomédicale, ce texte amène à stopper tous les progrès en recherche et diagnostic précoce. Pourquoi faire une diagnose de malformation prénatale si on ne peut pas agir avec une IVG, même dans le cas de certitude de sérieux troubles pour le fœtus et/ou pour la mère ? C’est clair que nous sommes en train de parler de santé publique, pas du marché privé qui va générer des bons profits quand l’IVG pourra se faire dans de confortables installations avec voyage d’un week-end à l’étranger inclus.

La loi demande au moins deux expertises médicales – privées et payantes – et menace, avec pour sanctions une peine de prison et une suspension professionnelle pour le médecin imprécis et inexact dans son évaluation. La clandestinité devient obligatoire pour les femmes pauvres et peut conduire à de graves complications, voire même à la mort.

L’IVG doit être universelle, garantie et accessible dans les services du système public de santé. Il faut aussi garantir l’accès à une éducation affective et sexuelle libre de stéréotypes sexistes ainsi qu’à une réglementation efficace de l’objection de conscience en Espagne et ailleurs en Europe.

La manifestation du 1er février à Madrid n’est que le début. Il faut bâtir une grande campagne de mobilisation, soutenue par tous et chacun des pays de l’Europe et cela de telle façon que les intégristes, rétrogrades, fascistes et patriarches de toutes conditions en Espagne, en France ou ailleurs soient marqués du sceau de la honte par les peuples, les femmes, mais aussi par toutes les personnes démocrates.

Le débat espagnol s’est imposé dans l’agenda du Parlement européen à l’initiative de députés de la gauche, des sociaux-démocrates et des Verts. Mais voici les faits : l’Union européenne, qui impose la marche économique à suivre aux États membres, a rejeté, il y a plus d’un mois, la proposition de l’eurodéputée Edite Estrela, qui demandait la généralisation du droit à l’IVG. Intégrisme et sexisme se conjuguent pour le pire. Pas seulement en Espagne. C’est l’heure de la rébellion, c’est l’heure de reprendre le pouvoir pour les peuples, pour les femmes.

Samedi 1er février : la liste des manifestation en France pour les droits des femmes [2]

Toni Barbara

URL source: http://www.humanite.fr/debats/il-faut-batir-une-grande-campagne-de-mobilisation-558152

IVG : "Il faut bâtir une grande campagne de mobilisation soutenue par toutes et tous"
Tag(s) : #Société